Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/233

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vrait toute la distance de Byrsa au quartier des ports. Il en venait sans cesse. Ils semblaient émerger du rivage et des profondeurs nébuleuses de la mer. Et l’on aurait dit une résurrection de ces monstres fabuleux, — Géants, Titans et Hécatonchyres, — qui naissaient des eaux marines et du limon de la terre, au lendemain du déluge…

Quand ce fut fini, à la nuit tombante, et que les routes conduisant à Mégara redevinrent libres, Cécilius, qui chevauchait, bride abattue, vers la villa du proconsul, aperçut longtemps à l’horizon les silhouettes colossales des mannequins sacrés, ondulant par-dessus les arbres et les toits des faubourgs. La pensée ardemment tendue vers celui qui allait mourir, il croyait voir tous les dieux de l’Afrique, depuis les Cataractes jusqu’aux colonnes d’Hercule, se lever en une ruée confuse et furibonde, pour accabler l’athlète du Christ.


Au Champ de Sextius, il dut rebrousser chemin encore une fois : Cyprien n’était plus là. Un strator de l’office proconsulaire, circonvenu à prix d’argent par Trophime, se décida à lui avouer que Galerius, toujours indisposé, n’avait pu interroger l’évêque des chrétiens. « L’interrogatoire était renvoyé au lendemain. En attendant, l’inculpé serait gardé par un officier de l’état-major qui l’avait emmené à Carthage dans sa maison, rue de Saturne, entre la rue de Vénus et la rue de la Santé. Il y passerait la nuit, plutôt comme un hôte que comme un prévenu. »

Par un brusque revirement, ces explications fortifièrent de nouveau Cécilius dans sa conviction première que Galerius Maximus désirait sauver Cyprien. Sûrement, son indisposition était feinte. Il remettait l’affaire au lendemain, sans doute parce qu’il voulait lui laisser le temps de réfléchir au cas où celui-ci ne se déciderait point à se dérober. Car, en ne lui imposant que cette détention courtoise, et en quelque sorte bénévole, sans autre surveillance que celle d’un fonctionnaire très déférent, il suggé-