Page:Bertrand - Sanguis martyrum, 1918.djvu/288

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Il eut de la peine à s’y faire, d’autant plus que le travail continuel de son cerveau se surajoutait au labeur de ses mains. Il ne pouvait s’en empêcher. Sa tête allait sans cesse avec ses bras, et c’était une torture épuisante. Pendant ces longues heures de peine, sous le soleil, la pluie ou le gel, il pensait éperdument à Birzil. La revoir devenait une idée fixe. Il lui tardait d’apprendre que sa fille avait déposé son ressentiment, qu’elle lui avait pardonné. Il ne voulait pas laisser de haine derrière lui… Et il espérait toujours que des clercs viendraient lui apporter de ses nouvelles, que Marcus Martialis allait arriver à Sigus avec une lettre de l’enfant rebelle, mais personne ne venait. Après un mois bientôt qu’il s’était remis au travail, il n’avait même pas encore aperçu une seule fois Mappalicus, le contremaître chrétien qui, sans doute, était constamment occupé au fond de la mine. Les jours passaient, ce fut terrible. Il eut une crise de désespérance. Il se disait : « Même si je résiste jusqu’au bout, ce sera le sacrifice sans joie… c’est peut-être une faiblesse qu’il faut surmonter, mais il me manquera la consolation d’avoir revu mon enfant… » Puis, il en vint à redouter quelque chose de pis. Il sentait approcher l’hébètement de son esprit avec l’endurcissement de son corps, l’accoutumance passive aux injures et aux coups. C’étaient les derniers pas vers la déchéance totale. Maintenant, Hildemond le traquait partout, goûtant un méchant plaisir à le prendre en faute à l’improviste. D’abord, à l’exemple de Théodore, il avait ménagé par prudence le sénateur déchu ; puis, après la confirmation de sa peine, il avait gardé quelque temps une attitude expectante. A présent, il se soulageait de sa réserve, il prenait sa revanche. Le fouet levé, il bondissait sur Cécilius avec un ricanement sauvage, en vociférant :

« Ah ! tu as voulu me faire expirer sous les verges !… Moi, je dédaigne les vaines menaces. Quand je promets, je tiens !… »

Et il l’y condamnait sur-le-champ à tout propos, pour