Page:Bilhaud - Solo de flûte, 1904.djvu/17

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 11 —

flûte-là ; je savais beaucoup d’airs dessus, et il m’a fallu apprendre sur celle-ci tous les airs que je savais sur l’autre ; ça m’a beaucoup retardé.

Pardon, je me laisse entraîner… reprenons, ou plutôt continuons. (Tout à coup.) Mais je pense à quelque chose, et cela c’est très important. Dans le milieu de ce morceau… j’aime mieux vous prévenir… il y a une note fausse. Vous allez me dire : « Ah ! mais !… » Ne dites pas : « Ah ! mais ! » avant de m’avoir écouté. Cette note fausse est là exprès, par la volonté du compositeur. Vous comprenez bien qu’on ne met pas une note fausse sans le faire exprès. Et vous allez voir comme c’est ingénieux.

Au bout d’un certain temps, la situation de nos deux personnages se corse, c’est-à-dire que le père de la demoiselle surprend nos amoureux ! Alors quelle est la position du jeune homme et de la jeune fille ? Une position… fausse, évidemment. Eh bien ! la note fausse du morceau rend parfaitement la chose, et même mieux qu’une note juste, car, dans cette circonstance, la note juste eût été fausse, tandis que la note fausse est juste, c’est clair !

Cette fois-ci, je commence sérieusement, parce que je n’ai qu’un certain temps à rester ici pour que tout le programme soit exécuté, et… (Il regarde l’heure) Comment ! voilà un quart d’heure que je suis là ! mais je devrais être parti depuis vingt minutes ! (il va au pupitre, prend son morceau, se prépare à sortir tout en disant :) Je suis désolé… j’aurais bien voulu… certainement… mais