Page:Binet - Henri - La fatigue intellectuelle.djvu/343

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laire. Connaître la valeur de chaque signe de fatigue, c’est savoir quel degré de fatigue il indique, c’est mesurer la fatigue ; or, on ne peut connaître la valeur de ces signes qu’à la condition de connaître leur ordre chronologique. Il y aura donc lieu de suivre sur un même groupe d’individus tous les effets du travail intellectuel, en notant pour chaque effet son mode et sa date de production.

Allons plus loin, et puisque nous sommes en train de tracer un programme d’avenir, supposons que la première partie de ce programme a été réalisée, que nous possédons à l’heure actuelle l’étude d’ensemble dont nous venons de faire comprendre la nécessité. Tout sera-t-il terminé ? Pourra-t-on alors traiter pratiquement la question du surmenage intellectuel ? Nous ne le pensons pas.

Qu’est-ce que le surmenage ? On s’est assez bien entendu sur le sens de cette expression empruntée à la médecine vétérinaire. Le surmenage est une fatigue spéciale, d’une gravité exceptionnelle, un état de fatigue chronique, une fatigue pathologique. Il est facile de présenter des définitions de ce genre ; bien qu’elles soient exactes, en ce sens qu’elles reposent sur une distinction très légitime entre la fatigue normale et saine, qu’on doit rechercher, et la fatigue malsaine, qu’il faut éviter autant que possible, ces définitions sont trop vagues pour qu’on puisse s’en satisfaire, car elles laissent en suspens la question de savoir à quoi l’on reconnaît le surmenage intellectuel, et ce qu’il faut de désordres physiques et moraux pour le constituer, question pratique au premier chef. Jamais, à l’Académie de médecine ni ailleurs, pensons-nous, on n’a discuté sérieusement sur ce point. Il mérite cependant d’être discuté, et même il faut absolument le discuter, avant d’entreprendre des recherches expérimentales. Voici, à notre avis, quelle est la conclusion provisoire qu’on devrait admettre.

La distinction entre la fatigue ordinaire et le surmenage ne doit pas être cherchée dans des symptômes pathologiques, comme le mal à la tête ; car ce symptôme peut manquer