Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/103

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DE PIERRE DE RONSARD

de Gastine, ores les rives du Loir, et la belle fonteine Bellerie[1] *, où bien souvent seul, mais tousjours en la compaignie des Muses, il s’egaroit pour rassembler les belles inventions, lesquelles[2] parmy le tumulte des villes et du peuple s’escartant çà et là[3] ne peuvent si bien se concevoir en nous *. Quand il estoit à Paris il se delectoit sur tout ou à Meudon, à cause des bois et de la riviere de Seine[4], ou à Gentilly, Hercueil, ou Vanves[5], pour l’agreable frescheur du ruisseau de Bievre, et des fonteines que les Muses ayment naturellement *. Il prenoit aussi singulier plaisir à jardiner, et sur tous lieux en sa maison[6] de S. Cosme, où Monsieur le Duc d’Anjou[7], qui le prisoit, l’aimoit, et admiroit, le fut voir[8] aprez avoir faict son entrée à Tours *. Il sçavoit beaucoup[9] de beaux secrets pour le jardinage, fust pour semer, planter, ou pour enter et greffer en toutes sortes, et souvent en presentoit des fruictz au Roy Charles, qui prenoit à gré tout ce qui venoit de luy *. Quand il se mettoit à l’estude il ne s’en retiroit aisément[10], et lors qu’il en sortoit, il estoit assez melancholique, et bien aise de rencontrer compagnie recreative : mais[11] lors qu’il composoit il ne vouloit estre importuné de personne, se faisant excuser librement, mesme à ses plus grans amis, s’il ne parloit à eux[12] *.

Aucuns ont trouvé la correction qu’il a faicte en ses œuvres, en quelques endroicts, moins agreable que ce qu’il avoit | premierement [32] conceu, comme il advient[13], principalement en la Poësie, que la premiere fureur est plus naïve, et que la lime trop de fois

  1. C Bellerie, ou celle d’Helene,
  2. AC inventions lesquelles
  3. B peuple, s’ecartant çà et là, comme une semence esgarée, | C comme une semence esgarée de la matrice,
  4. BC Quant il estoit à Paris, et qu’il vouloit s’esjouir avec ses amis, ou composer à requoy, il se delectoit ou à Meudon, tant à cause des bois que du plaisant regard de la riviere de Seine,
  5. B Hercueil, et Vanves | C Hercueil, Sainct Clou, et Vanves
  6. A lieux, en sa maison
  7. A Danjou
  8. BC le fut voir plusieurs fois.
  9. B Il sçavoit, comme il n’ignoroit rien, beaucoup | C Il sçavoit assez (comme il n’ignoroit rien) beaucoup | 1609-1623 suppriment assez
  10. 1609-1623 il s’en retiroit aisément (leçon faut. adoptée par Bl. VIII, 51)
  11. A recreative : Mais
  12. C supprime s’il ne parloit à eux. Mais à cet alinéa BC ajoutent celui-ci La peinture et sculpture, comme aussi la Musique, luy estoient à singulier plaisir [1609 in-fo, et surtout celle du Sieur Mauduit,] * : et principalement aimoit à chanter et à ouyr chanter ses vers, appellant la Musique sœur puisnée de la Poesie, et les Poetes et Musiciens enfans sacrez des Muses ; que sans la Musique la Poesie estoit presque sans grace, comme la Musique sans la melodie des vers, inanimée et sans vie *. (Vient ensuite l’alinéa final Il incitoit fort...)
  13. BC comme il peut avenir [C advenir]