Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/153

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ET CRITIQUE

ret remonte à un certain temps, est tout au moins antérieure à la mort de François ier :

Plus que devant je t’aimerai, mon livre.
A celle fin que le sçavoir j’apprinse
J’ai délaissé et Cour et Roi et Prince,
Où j’estoi bien quand je les vouloi suivre...
(Bl., II, 457).

2° D’après Claude Garnier, la traduction du Plutus aurait été jouée à Coqueret quand Ronsard était dans sa vingt et unième année ; il ajoute que les fragments de cette traduction, qui ont été publiés en 1617, voyaient le jour après 72 ans, ce qui nous reporte bien à 1545. Malheureusement ce dernier témoignage n’a pas grande valeur, parce qu’il s’appuie lui-même uniquement sur celui de Binet, lequel est très contestable (V. ci-après, pp. 103 et 104).

En résumé, sans faire remonter le principalat de Dorat jusqu’en 1544, comme l’ont fait sans preuves l’abbé Simon (op. cit., III, p. 512), Frémy (op. cit., p. 11) et Bizos (Ronsard, p. 16), on peut penser qu’il commença du vivant de Lazare de Baïf, peut-être même dès 1545, surtout si l’on admet avec Binet que Ronsard, né en septembre 1524, n’avait que « vingt ans passés » quand il devint élève de Coqueret (Cf. ci-après, p. 94. aux mots « que seize »).

P. 11, l. 21. — à estudier. Comme cette partie de la Vie de Ronsard est vague et obscure ! Binet semble bien distinguer deux périodes dans les études que fit Ronsard sous la direction de Dorat : 1° celle des leçons particulières, dont il profita au domicile de Lazare de Baïf, et qui étaient forcément interrompues par les allées et venues de la Cour, que l’écuyer était obligé de suivre dans les différentes résidences royales éloignées de Paris, telles que Blois et Fontainebleau ; 2° celle de l’enseignement public qu’il reçut au collège de Coqueret, et pour lequel, abandonnant tout à fait la Cour, il se fit volontairement le pensionnaire de Dorat, devenu « principal » du dit collège. Mais, outre que Binet ne dit pas à quelle date eut lieu cet important événement de la jeunesse de Ronsard, sa distinction des deux périodes est tellement confuse qu’il semble parfois l’avoir perdue de vue, et avoir appliqué à la première des anecdotes ou des réflexions qui ne conviennent qu’à la seconde, et inversement. Ainsi Binet nous dit que Ronsard au collège « se fit compagnon de J. A. de Baïf et commença par son émulation à estudier » ; il n’avait donc pas étudié avec lui auparavant ? Binet ajoute, quelques lignes plus loin, que « Baïf à toutes heures lui desnoüoit les plus fascheux commencemens de la langue Grecque », et cela toujours au collège ; ce n’est donc pas de grec qu’il était question au domicile de son père ?

De deux choses l’une : ou Binet parle des deux pensionnaires comme il aurait dû le faire des deux élèves libres (dont l’un, Ronsard, n’était qu’un auditeur bénévole), ou bien L. Pinvert s’est trompé en avançant que dès 1544 Ronsard traduisait en latin l’Hécube d’Euripide (op. cit., p. 83), exploit que E. Frémy place un peu plus tard et au collège de Coqueret (op. cit., pp. 14 à 16), et je suis moi-même victime d’une