Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/69

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DE PIERRE DE RONSARD

voulant recompenser le temps perdu, ayant le plus souvent pour compagnon le sieur de Carnavalet *, se desroboit de l’Escurie du Roy, où il estoit logé[1] aux Tournelles *, pour passer l’eau et venir trouver Jean Dorat[2], excellent personnage, et celuy que l’on peut dire la source de la fontaine qui a abbreuvé[3] tous noz Poëtes des eaux Pieriennes, et auquel je doy aussi une partie de mes estudes[4] * Dorat demeuroit lors vers l’Université[5], chez le seigneur Lazare de Baïf, Maistre des Requestes ordinaire[6] de | l’hostel du Roy, et [10] enseignoit les lettres Grecques à Jan Antoine de Baïf, son fils *, personnage aussi des plus doctes et des premiers compagnons de Ronsard, et maintenant le dernier[7] survivant à cette docte volée[8] de bons esprits, qui se fit paroitre en ce temps-là[9]. Depuis, Ronsard ayant sçeu que Dorat alloit demeurer au college de Cocqueret, dont on l’avoit fait Principal[10], ayant souz sa charge le jeune Baïf, il delibera de ne perdre une si belle occasion, et de se loger avec luy * ; car[11] ayant ja esté[12] comme charmé par Dorat du phyltre des bonnes lettres, il vit bien que pour sçavoir quelque chose, et principalement en la Poësie, il ne faloit seulement puiser l’eau és rivieres des Latins, mais recourir aux fonteines des Grecs. Il se fit compagnon de Jan Antoine de Baïf, et commença à bon escient par son emulation à estudier *. Vray est qu’il y avoit grande difference, car[13] Baïf estoit beaucoup plus avancé en l’une et l’autre langue, encor que Ronsard surpassast beaucoup Baïf d’age, l’un ayant vint ans[14] passez et l’autre n’en ayant que seize * : neantmoins[15] la diligence du maistre, l’infatigable travail de Ronsard, et la conference amiable de Baïf, qui à toutes heures luy desnoüoit les plus fascheux

  1. C de Carnavalet, Gentil-homme Breton, et des mieux nourris, se desroboit de l’Escurie du Roy, pres de laquelle il estoit logé
  2. C Jean Dorat, honeur du pays Limosin
  3. BC la source qui a abbreuvé
  4. C eauës Pieriennes, ou comme Ronsard a dit de luy, le premier qui a destoupé la fonteine des Muses par les outils des Grecs et le réveil des sciences mortes, auquel je doy aussi une bonne partie de mes estudes :
  5. C lors au quartier de l’Université
  6. C ordinaires
  7. BC et maintenant un des derniers
  8. C à ceste premiere et docte volée
  9. C en ce temps là, et auquel est deu l’honeur des premiers vers François, mesurez à la mode des Grecs et François. [1604-1630 des Grecs et Latins.] *
  10. C que Dorat alloit establir une academie [1609-1630 Academie] * au college de Cocqueret, duquel on lui avoit baillé le gouvernement,
  11. A avec luy, car
  12. 1604-1630 ayant esté
  13. B difference : car
  14. BC vingt ans
  15. A seize : Neantmoins | BC seize. Neantmoins