Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/190

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
130
COMMENTAIRE HISTORIQUE

veaux Académiciens de Guy de Bruès, publiés en 1557 (Paris, Cavellat), mais avec un privilège daté du 30 août 1556 : « Baïf : J’ay expérimenté, Amy Ronsard, ce que des longtemps j’avois ouy dire, c’est que les choses que nous avons perdues (si d’aventure nous les recouvrons) nous sont beaucoup plus cheres et agreables qu’elle n’etoient auparavant, parce que lors nous connoissons mieux leur valeur et importance. Non sans cause je te di ceci, car me voiant maintenant remis en ta bonne grace, de laquelle (avec peu d’occasion) j’avois été si longtemps eloingné, je m’estime sans comparaison plus heureux que je ne faisois ci-davant, connoissant combien est honorable l’amitié d’un tel personnage que tu es. — Ronsard : On me donnoit plus d’occasion que tu ne dis, de t’estimer peu affectionné en mon endroit : toutesfois ce soupçon incertain estant surmonté par l’amitié qui a esté entre nous des nostre enfance, les admonestementz de nos plus singuliers amys ont eu plus de puissance sur moy que ceux qui disoient que tu m’avois offensé : joint que de mon naturel j’ayme mieux oublier toutes rancunes, que vouloir mal à un tel personnage que toy : bien est vray qu’il ne faut jamais (si nous pouvons) sçavoir combien est grande la pacience d’un amy. Mais je te prie oublions tous ces propos, et nous souvenons seulement de nous aymer, et de communiquer nos estudes ensemblément, comme nous avions acoustumé. » (Bibl. Nat., Rés. Z, 836.)

Pour en revenir à Binet, il n’ignorait pas la divergence de caractère qui séparait Ronsard de Baïf, ni les « aigres humeurs » qui les auraient pour toujours éloignés l’un de l’autre sans « la douce raison » qui chaque fois les rapprochait (v. le Tombeau de Ronsard, éd. Bl., VIII, 240 et 241). Mais il semble bien qu’il ait ignoré cet épisode lointain de la vie des deux poètes, surtout sa date. Autrement, il n’aurait pas avancé que Baïf se trouvait avec Ronsard quand celui-ci rencontra Marie du Pin.

Son affirmation est d’autant plus suspecte qu’elle parut seulement en C, plus de sept ans après la mort de Baïf, arrivée en septembre 1589. Il s’est vraisemblablement produit une confusion dans son esprit entre la note de Belleau que nous avons citée plus haut et le Voyage de Tours, à la suite duquel il avait lu cette autre note du même commentateur : « Il (Ronsard ; escrit en ce chant pastoral un voyage que J.-A. de Baïf... et luy firent à Tours pour voir leurs maistresses. » (Bl., I, 182 ) Or ce chant pastoral fut composé certainement après 1557, très probablement au printemps de 1560, et, dans tous les cas, n’a aucun rapport avec la première entrevue de Ronsard et de Marie.

L’ami qui accompagnait Ronsard lors de cette première entrevue est bien plutôt Charles de Pisseleu, abbé de Bourgueil, auquel Ronsard avait adressé trois de ses premières odes et adressait encore en 1555 l’épître Avant que l’homme soit, Bl., II, 223, 418, 450 ; VI, 308), qui résidait alors dans son abbaye et qui le supplanta dans les faveurs de Marie (cf. Bl., I, 148, note, et 401, sonnet de 1556, O toy qui n’es...) ; à moins que ce ne soit Belleau lui-même, l’auteur du Commentaire de la première partie des Amours de Marie (cf. Bl., I, 203, Ne me suy point, Belleau...).

P. 19, l. 34. — de laquelle. C’est-à-dire au sujet de laquelle. L’équivoque disparaît dans la troisième rédaction.