Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/197

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ET CRITIQUE

si tu y vois quelque peu clair en toi-même, si tu n’es pas égaré par la passion ou inconscient.

« Quel courage maintenant, quelles forces pour faire des vers, quel espoir dans l’avenir, je dois avoir, qu’en dis-tu lorsque je me vois, moi chétif, houspillé pour ces médiocres vers, qui me plairaient à peine s’ils ne te déplaisaient pas ? Car je ne m’admire pas autant que tu l’imagines ; je ne vais pas jusqu’à trouver bon d’emblée tout ce que j’écris. Bien mieux, je changerais volontiers, même sur tes indications, ce qu’il y a de nouveau et d’étranger dans mes vers, pour que dorénavant tu n’aies plus de raisons de médire de moi, ni de cribler d’épaisses ratures les mots malsonnants, et que je fasse cesser ce rire, qui suffit à te faire passer pour un grand bouffon parmi nos gens d’élite. Combien cette façon d’agir est digne d’un défenseur sacré du Christ, vois le toi-même, toute la France le voit.

« Mais après que tu auras reçu satisfaction, à ton tour cesse de lancer contre moi les traits de ta bouche, et dépose les armes. Mon cœur ne sera pas toujours armé de patience, je ne supporterai pas toujours tes médisances et tes moqueries. A regret, je le jure, je m’armerai des iambes cruels, et sous la blessure je te lâcherai mille vers, qui t’obligent à te pendre, ou à t’exiler honteusement de France : afin qu’on sache bien quel sort, quelle misérable fin sont réservés à la langue intempérante et à la bouche indiscrète. »

Je le demande : entre cette critique très désobligeante et ce vigoureux ultimatum, peut-on prendre au sérieux les propositions de paix du milieu de ce morceau, et croire qu’elles engagent à fond leur auteur ? De telles avances ou concessions dans un pareil cadre paraissent plutôt une ironie, et une ironie qui n’eût guère été opportune si L’Hospital avait écrit cette satire au moment même où il mettait tout en œuvre pour réconcilier les deux adversaires.

P. 21, l. 10. — Pallas de France. Cf. la strophe et l’antistro. ii de la première ode de Ronsard A Madame Marguerite, publiée en 1550 (Bl., II, 49), un passage de l’Hymne de Henri II (Id., V, 74), un passage du Tombeau de la même princesse (Id., VII, 189), et l’épître d’Est. Jodelle A Mad. Marguerite publiée en tête du 2e livre des Hymnes de Ronsard en 1556 (Id., V, 7 et suiv ). — Elle était, dit Brantôme, « si sage, si vertueuse, si parfaite en sçavoir et sapience qu’on lui donna le nom de la Minerve ou Palas de la France » ; elle portait, dans ses armes, ajoute-t-il, un rameau d’olivier, emblème de Pallas, avec cette devise : Rerum sapientia custos (édition Lalanne, VIII, 128).

P. 21, l. 13. — une Palinodie. Binet fait-il allusion, comme le pense Mlle Evers (op. cit., p. 162), aux rétractations orales faites à la Cour par Saint-Gelais, rétractations dont parle Ronsard dans son ode A M. de Saint-Gelais :

Mais ore, Melin, que tu nies
En tant d’honnestes compaignies
N’avoir mesdit de mon labeur,
Et que ta bouche le confesse
Devant moy-mesme, je delaisse
Ce despit qui m’ardoit le cœur.
(M.-L., II, 354.)