Page:Binet - La Vie de P. de Ronsard, éd. Laumonier, 1910.djvu/91

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DE PIERRE DE RONSARD

Le fertil Vandomois naissance me donna,
La Court de noz grans Roys[1] à mes vers s’estonna,
La Touraine mes os dessus[2] ses fleurs assemble : *
J’ay joint Pallas, Cypris, et les Muses ensemble.


Les nuicts ensuivantes esquelles[3] il ne pouvoit dormir, quelques remedes qu’il eust eprouvé, ayant usé de pavot en diverses façons, tantost de la fueille crüe, puis cuite, tantost de la graine, et de l’huyle que l’on en tire[4] *, il continua à faire quelques Stances, et jusques à quatre Sonets, lesquels au matin il recitoit au sieur Galland, pour les escrire, ayant la memoire et | la vivacité de l’esprit si entieres [24] qu’elles ne sembloient se sentir de la foiblesse du corps[5] *. Le long du jour tous ses discours estoient pleins de belles et graves considerations, mesmes sur les affaires d’estat et du monde[6]. Comme il languissoit ainsi, sejournant encor quinze jours à Croix-val[7], il luy prit envie de se faire transporter à Tours en son Prieuré de S. Cosme[8] *, tant pour recouvrer plus facilement toutes ses commoditez, et subvenir[9] à sa maladie, que pour satisfaire à l’opinion qu’il avoit que le changement d’air luy apporteroit quelque secours[10]. Il n’eut pas esté huict jours en ce lieu que ses forces se diminuant à veüe d’œil, et se voyant et sentant mourir, il fit venir l’Aumosnier de S. Cosme, l’un de ses Religieux, âgé de lxxv ans *, lequel[11] apres plusieurs propos, luy ayant demandé de quelle[12] resolution il vouloit mourir, fort promptement et aigrement il luy respondit : N’ay-je point assez fait cognoitre ceans ma volonté, et le but de ma religion pour juger de ma vie[13], comme il faut que je meure ?[14]

  1. BC La grandeur de nos Roys
  2. Leçon de toutes les éd., y compris 1623. (V. notre Commentaire)
  3. C les nuicts suivantes, ausquelles
  4. BC tantost de la fueille cruë en salade, puis cuite, tantost de la graine, et de l’huyle que l’on en tire, et de plusieurs autres remedes qu’on reserve aux extremitez
  5. BC si entieres, qu’elles sembloient arguer de feinte l’extreme foiblesse de son corps.
  6. C mesmes sur les troubles renaissans, et qui menaçoient nostre siecle de miseres nouvelles.
  7. A pas de virgule après ainsi ni après Croix-val
  8. A prieuré de S. Cosme | C Prieuré de Sainct Cosme en l’Isle
  9. C survenir (leç. faut. reprod. par les éd. suiv., y compris 1623)
  10. C secours : ce qu’il fit avec grand peine, ayant demeuré en chemin, et pour faire sept lieuës, trois jours entiers : pendant lequel temps il eut deux foiblesses grandes *.
  11. B auquel
  12. A qu’elle
  13. B ma religion, pour juger par ma vie
  14. A deux points après meure | C modifie toute la phrase ainsi Il n’avoit pas esté huict jours en ce lieu, que ses forces se diminuant à veuë d’œil, les os luy perçant