Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/163

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directement leur main sur un point de leur face, il faut qu’un état de conscience les éclaire incessamment sur la nature de leurs mouvements, et leur indique à chaque instant la position de leur membre ; cet état de conscience nécessaire ne peut être que le sentiment de la décharge, le sentiment de l’innervation motrice.

Cette interprétation, on l’a compris, doit être rejetée, car elle découle logiquement d’une observation inexacte. Il n’est pas vrai que les malades anesthésiques perdent le bénéfice des sensations kinesthésiques ; ces sensations appartiennent à une seconde conscience, qui peut collaborer avec la conscience normale.

En résumé, tout s’explique par 1° : la conservation d’une bonne mémoire visuelle ; 2° la survivance des sensations et images motrices dans une conscience séparée.

Nous avons distingué deux catégories de sujets et nous avons décrit les premiers. Les seconds, quand ils cessent de voir leurs membres anesthésiques, deviennent incapables de les diriger et même de les mouvoir.

Cette incoordination, plus exactement cette impuissance motrice, qui, chez certains hystériques, survient après l’occlusion des yeux, a été étudiée par Duchenne de Boulogne sous le nom de « perte de la conscience musculaire ». Ce nom a le tort de supposer une explication du phénomène, explication qui est même inexacte, et par conséquent ont doit la rejeter. Si l’explication est difficile, les observations sont très nettes. Il s’agit d’hystériques qui sont incapables, quand on éteint la lumière, de se lever de leur chaise ou de tendre la main ; pendant la nuit, ces malades restent immobiles dans leur lit, sans pouvoir changer de place ; surpris par le crépuscule dans la campagne, ils ne peuvent plus marcher. Quand ils marchent en plein jour, on les voit s’avancer la tête baissée ; leur regard est fixé sur leurs pieds ; si on les distrait, et qu’ils cessent de regarder leur main, ils lâchent les objets qu’ils tenaient, et on a cité l’exemple d’une mère qui, dans ces conditions, était sur le point de laisser tomber l’enfant auquel elle donnait le sein ; j’en ai vu qui fléchis-