Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/278

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


supprime pas la sensation ; il n’y a point là d’anesthésie vraie ; et on peut même, au moyen de certains artifices que nous indiquerons plus loin, montrer que le sujet, au moment où il ne paraît rien voir, et ne rien entendre, perçoit et enregistre ce qui se passe autour de lui avec une acuité sensorielle remarquable. Cependant ces raisons ne nous empêcheront point de conserver l’expression d’anesthésie systématique ; nous conviendrons seulement de ne donner à cette expression qu’un sens relatif ; il sera bien entendu que s’il y a, dans ces expériences, de l’anesthésie, c’est une anesthésie par inconscience. Du reste, c’est ce qui a lieu également, dans bien des cas, pour l’anesthésie hystérique ; alors même qu’elle paraît totale et complète, elle peut ne pas consister dans une destruction de la sensation, et résulter d’une simple perte de conscience ; le motif n’a pourtant pas paru suffisant pour changer le nom de l’anesthésie hystérique.

Le fait important, celui que la terminologie doit bien indiquer, c’est que l’anesthésie systématique n’est qu’une forme, une variété de l’anesthésie hystérique spontanée ; elle n’en représente qu’un degré de complication ; la légitimité de ce rapprochement me paraît hors de doute, et je vois avec satisfaction que beaucoup d’auteurs partagent aujourd’hui cette opinion, que M. Féré et moi avons été, croyons-nous, les premiers à indiquer.

C’est précisément ce que nous allons essayer de montrer encore une fois ; les nombreuses expériences qui ont été faites dans ces dernières années rendront notre travail facile ; et nous arriverons finalement à conclure que l’anesthésie systématique, étant de même nature que l’anesthésie spontanée, illustre par un nouvel exemple la théorie de la désagrégation mentale ; car la perception interdite par suggestion subit le même sort que les sensations provenant des régions anesthésiques ; elle est reléguée dans une seconde conscience, où elle détermine des idées, des raisonnements et des actes qui sont également inconscients pour la personnalité principale.