Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/69

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« On frappe alors quelques coups de gong, légers et rythmés : le malade prend une attitude plus calme, qui semble exprimer le recueillement, il dit : « Marguerite entre dans la chapelle… Méphistophélès… »

« À ce moment, on pique avec une épingle le côté droit de la face, qui était anesthésique à l’état de veille ; aussitôt le malade manifeste que la sensation est perçue, en faisant une grimace, et en portant la main de ce côté. Du côté gauche, au contraire, il y a une anesthésie, qui n’existait pas à l’état de veille. En même temps, il s’écrie : « Oh ! les mouches !… »

« On lui ouvre les yeux et on lui présente un verre coloré en rouge. Au bout de quelques secondes, le malade, avec anxiété, s’écrie : « Oh ! l’incendie… », et en parlant à lui-même, changeant de ton : « En voilà au moins pour 500 lignes de copie !… »

« On frappe trois coups sur une table. Le malade, avec autorité : « En scène, mesdemoiselles !… » Changeant de ton : « Tiens, la petite Élise…, où a-t-elle pris cette poitrine-là ? Je ne la lui connaissais pas…, c’est son habilleuse qui lui aura arrangé cela… » Avec raillerie : « X… (un nom d’artiste), qui fait le Delaunay au petit pied ! »

« On présente au malade un verre coloré en bleu ; avec admiration : « Oh ! que c’est beau !… Superbe, ce dernier tableau…, il a des tons d’émail… ; c’est l’Exposition du Blanc et Noir… »

« On lui présente un verre rouge ; toujours avec admiration : « La belle sanguine !… » Puis, changeant de ton, avec anxiété : « Au feu !… »

« On lui présente un verre bleu. Le malade, avec ironie, sur un ton emphatique : « Tiens, je suis dans Théophile Gautier !… Je regarde ma princesse derrière un vitrail… Nous irons chanter tous les deux la chanson de nos vingt ans ! »

« On frappe trois coups sur la table. Le malade, changeant de ton, et comme s’il se parlait à lui-même, écoutant : « Voici l’ouverture… ; trémolo à l’orchestre… »