Page:Binet - Les altérations de la personnalité.djvu/92

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et à son insu ; bien plus, ces actes peuvent être de nature psychique et manifester une intelligence qui sera par conséquent distincte de celle du sujet, et constituera un second moi, coexistant avec le premier.

Une seconde condition peut amener la division de conscience ; ce n’est pas une altération de la sensibilité, c’est une attitude particulière de l’esprit, la concentration de l’attention sur un point unique ; il résulte de cet état de concentration que l’esprit devient distrait pour le reste, et en quelque sorte insensible, ce qui ouvre la carrière aux actions automatiques ; et ces actions, en se compliquant comme dans le cas précédent, peuvent prendre un caractère psychique et constituer des intelligences parasites, vivant côte à côte avec la personnalité normale qui ne les connaît pas.

Nous étudierons successivement ces deux conditions de la division de conscience. Il en existe sans doute bien d’autres ; mais celles que nous venons d’examiner sont les seules qui aient été nettement observées jusqu’ici[1].


II


On trouve chez un grand nombre d’hystériques, examinés à l’état de veille et en dehors de leurs crises convulsives, un stigmate, connu depuis fort longtemps, mais dont on n’a compris la valeur réelle que dans ces dernières années ; ce stigmate, — qu’on appelait autrefois la marque des possédées, ou la griffe du diable, — c’est l’insensibilité. Le siège et l’étendue de l’insensibilité hystérique sont très variables ; parfois, elle envahit le corps

  1. Les auteurs qui ont étudié dans ces dernières années les personnalités coexistantes sont nombreux, et nous indiquerons leurs observations dans le cours de notre travail. — Nous citerons ici seulement deux études critiques, très intéressantes : Das Doppel Ich, par Max Dessoir, et un remarquable article de M. Héricourt sur l’Activité inconsciente de l’esprit, Revue scientifique, 31 août 1889.