Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/107

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fini parfait. Le mausolée porte la signature du sculpteur et le millésime d’exécution : Jacobus Bergé, invenit et fecit, 1745.

Citons encore le beau groupe en marbre blanc de la fontaine du Grand-Sablon, à Bruxelles. Cette œuvre est due à la munificence de lord Thomas Bruce, comte d’Aylesbury, en reconnaissance de l’accueil hospitalier que le fidèle partisan de Jacques II reçut daus les Pays-Bas. Sur un piédestal de quatre mètres de hauteur est assise Bellone, tenant un médaillon aux effigies de François Ier et de Marie-Thérèse d’Autriche. A la droite de la déesse est la Renommée, à sa gauche la personnification de l’Escaut. Un génie tient la lance et l’égide. Sur les faces du soubassement sont les armes de lord Bruce et des inscriptions remémoratives. Le groupe et les accessoires de ce trophée ont coûté six mille cinq cents florins de Brabant. Il fut terminé en novembre 1751. — Dans la salle de réunion de la Maison des Poissonniers sont placés aux deux côtés de la fontaine de Gabriel Gripello, fontaine décorée de figures et d’attributs de pèche, deux bas-reliefs de Jacques Bergé. Ils représentent le Martyre de saint Pierre et la Punition d’Ananias. Ces bas-reliefs, en terre cuite, sont assez médiocres, on a peine à y reconnaître le talent dont il a fait preuve dans ses autres œuvres.

Edm. de Busscher.

Ph. Baert, Mémoires sur les sculpteurs, etc., des Pays-Bas. — Bulletin de l’Académie de Belgique, 1848. — Henne et Wauters, Histoire de Bruxelles, 1845. — Les Délices des Pays-Bas. 1786. — L’Église de Saint-Bavon, à Gand, 1819 et 1857.

*BERGERON (Pierre), professeur et homme de lettres, naquit à Paris le 3 novembre 1787 et mourut à Bruxelles le 16 janvier 1855. Les agitations politiques de son pays natal lui firent prendre de bonne heure la résolutiou de s’expatrier ; il s’établit en Belgique et finit par y obtenir des lettres de naturalisation. Docteur en philosophie et en lettres, il chercha tout naturellement à faire son chemin dans l’instruction publique, sauf à ne laisser échapper aucune occasion de sacrifier aux Muses. Successivement professeur au collége communal d’Audenaerde, à l’athénée de Bruges et au collége de Charleroi, où il exerça en outre les fonctions de principal, il en vint à rechercher les honneurs académiques : en 1835, l’Université libre de Bruxelles lui confia la chaire d’antiquités romaines, qu’il occupa pendant huit ans environ. Dans le cours de cette période, il fit régulièrement partie du jury de philosophie. Il rentra ensuite dans l’enseignement moyen, en qualité de préfet des études de l’athénée de Namur et de professeur de rhétorique. Il fut élu, à deux reprises, membre du comité permanent de l’Association professorale de Belgique, qui s’était formée en 1848 pour réclamer, en faveur de l’enseignement secondaire, l’exécution du § 2 de l’art. 17 de la Constitution. Malgré les vives instances de ses collègues, il cessa de prendre part à leurs démarches au mois d’avril 1849, se retira tout à fait de l’enseignement lors de la réorganisation des athénées (1851), et alla passer ses derniers jours dans la capitale, consacrant à des compositions littéraires les loisirs que les labeurs de toute une vie lui avaient enfin assurés. Sa carrière ne fut pas exempte de vicissitudes, on peut même dire de pénibles épreuves ; mais doué d’un caractère heureux, d’un courage qui ne se laissait point abattre et d’une rare persévérance, il sut toujours faire face aux circonstances et marcher contre vent et marée. Au premier moment, les contrariétés semblaient l’accabler, ou plutôt elles l’irritaient vivement. Une heure après, ses amis le retrouvaient tel qu’il était par nature, plein de verve et d’espérance, pétillant d’esprit et de malice innocente, se consolant sincèrement par une épigramme.

Bergeron tournait fort agréablement le vers, en latin comme en français. Un latiniste éminent, poëte lui-même, ayant critiqué une de ses pièces, il mit les rieurs de son côté en disant :

Soyez donc, monsieur F…, indulgent pour les autres !
Vous trouvez que mes vers sont trop virgiliens :
Ce reproche inouï que vous faites aux miens,

        On ne l’a jamais fait aux vôtres.

Quelquefois il ne se contentait pas de gratter l’épiderme ; mais alors même qu’il ne s’agissait pas de querelles purement