Page:Biographie nationale de Belgique - Tome 2.djvu/439

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l’âge de quinze ans, il avouait hautement, décidèrent son père à le retirer de la cour et à l’envoyer à l’Université de Louvain. D’où avaient pu lui venir cependant des opinions aussi compromettantes? Nous croyons devoir les attribuer au culte que, dans sa famille, on professait pour les écrits et la personne d’Érasme. Une de ses tantes, la marquise de Vere, poussait l’admiration pour l’auteur de l’Éloge de la folie jusqu’à lui servir une pension, et deux de ses oncles, l’abbé de Middelbourg et François de Falais, ne juraient que par lui. Son séjour à la célèbre école de Louvain ne le corrigea nullement. Jean de Laski qu’il y avait rencontré, l’avait mis en rapport avec les réformateurs de la Suisse et de l’Allemagne. Il perdit son père en 1538, et, bientôt après, il épousa Yolande de Bréderode, dame de haute naissance, qu’il savait partager ses sentiments. A partir de ce moment, quand il lui arrivait d’écrire à Calvin, sa femme ne manquait jamais de joindre une lettre au paquet. Une partie de cette correspondance a été publiée en 1744, chez Wetstein, à Amsterdam, en un volume in-octavo, sous le titre de : Lettres de Jean Calvin à Jacques de Bourgogne, seigneur de Falais et de Bredam, et à son épouse Yolande de Bréderode. Certes, ce sont là des documents précieux, mais combien l’eussent-ils été davantage, si les confidences du sire de Falais avaient pu y être jointes! Nous avons voulu combler cette lacune; nous avons fouillé dans ce but les archives et les bibliothèques, et n’ayant rien découvert, nous avons fini par croire que Baudouin avait emporté ces lettres avec d’autres papiers, si, toutefois, Calvin ne les avait point détruites après sa rupture avec son disciple et son correspondant. Le réformateur le connaissait bien, et il s’arrangea toujours en lui donnant des conseils de manière à se conserver sa confiance et ses sympathies. Quand Jacques de Bourgogne se déroba aux curiosités de l’Inquisition et vint s’établir à Cologne, Calvin s’empressa de lui envoyer un chapelain, et, deux ans plus tard, le 9 février 1546, il lui dédia une première édition de son Commentaire sur la première Épître de saint Paul aux Corinthiens. Charles-Quint ne tarda point à savoir que son ancien confident s’était choisi un exil volontaire. Il lui envoja un messager pour l’inviter à rentrer aussitôt aux Pays-bas. Jacques de Bourgogne répondit de bouche que l’état de sa santé s’opposait à ce voyage, et, ne se croyant plus en sûreté à Cologne, il remonta le Rhin en bateau jusqu’à Strasbourg. Là, il composa, au mois de septembre 1546, une apologie de sa conduite adressée à l’Empereur. Il se proposait de la lui remettre lui-même, mais il fut trompé dans son attente. Charles-Quint ne vint point à Strasbourg. Il chercha alors un imprimeur et un bon traducteur latin. Il s’adressa pour cela à Calvin, qui lui recommanda successivement Sébastien Castallion et Des Gallars. Aucun d’eux ne s’étant empressé de mettre la main à l’œuvre, François Baudouin d’Arras, alors réfugié à Genève, leur fut préféré. Celui-ci, ayant terminé sa traduction au mois d’août 1547, l’envoya à Bâle, à Jacques de Bourgogne, en lui prodiguant force belles paroles : « Je loue et remercie Dieu, lui écrivait-il, de cette tant admirable vertu et constance dont il vous fortifie à l’encontre de toutes les tentations qui se dressent pour esbranler les Chrestiens : et d’autant plus que tout l’effort de l’ennemy en vostre regard est tellement renversé qu’il en demeure confus et le Seigneur en est glorifié. »

Peut-être est-ce ici le lieu d’observer que les meilleurs juges en matière d’héroïsme sont justement ceux qui en sont incapables. L’apologie fut d’abord imprimée en français, mais sans nom, ni lieu, ni date, sous le titre de : Excuse composée par Messire Jacques de Bourgoigne, seigneur de Fallez et de Bredam, pour se purger vers la Majesté impériale des calumnies à luy imposées à l’occasion de sa foy de laquelle il fait confession. L’auteur en distribua quatre cents exemplaires et en fit vendre tout autant par Wendelin, le libraire de Bâle. L’édition latine, également ornée des orgueilleuses armoiries de l’auteur, fit son apparition quelques mois