Page:Bishop - En canot de papier de Québec au golfe du Mexique, traduction Hephell, Plon, 1879.djvu/226

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


« Il est de papier, vous dis-je, car je l’ai tâté et gratté avec mes ongles, reprit-il vivement.

— Vous n’avez pas le sens commun, mon garçon ; jamais un bateau de papier ne pourrait passer dans les Sounds où il serait hâché, comme chair à pâté, sur les bancs d’huîtres. Et le marin qui le monte, est-il aussi de papier comme son canot ?

— Ma mère, je vous ai dit la vérité. Ah ! mais j’oubliais que le marin est là, sur les marches du perron, où je l’ai laissé. »

Un instant après, toute la famille sortait sous la véranda. Voyant mon embarras, ils essayèrent, en personnes bien élevées, de modérer leur gaieté, tandis que de mon côté je leur expliquais comment le jeune homme s’était emparé de ma personne, et comment j’allais retourner tout de suite à mon campement. Mais tout le monde s’y opposa, et la charmante femme du planteur me tendit la main, en disant : « Non, monsieur, vous ne pouvez pas retourner au sol humide de votre bivouac : vous êtes chez nous ; et bien que pendant la guerre les maraudeurs des armées nous aient dévalisés, vous ne pouvez pas refuser de partager avec nous le peu qui nous est resté. » Cette dame et ses deux filles, qui avaient hérité de la beauté et de la grâce de leur mère, firent tout ce qu’elles purent pour me bien recevoir.

Le dimanche fut le jour le plus froid de la saison ; la famille, dont j’étais si heureux d’être l’hôte, fit une course de sept milles dans les bois, les uns en voiture, les autres à cheval, jusqu’à la petite église qui s’élevait au milieu d’une épaisse forêt de pins.