Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 3.djvu/296

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excitée, aurait fait insensiblement capituler la monarchie. Ainsi, l’ébranlement imprimé aux esprits était devenu général, et tous les mécontents sentaient la nécessité d’associer leurs ressentiments, leurs espérances, dans un éclatant et suprême effort.

Ce fut sous l’empire de ces dispositions, que, dans le courant du mois de mai, M. Laffitte convoqua chez lui tous les députés de l’Opposition, présents à Paris. Ils se réunirent au nombre de quarante environ ; et M. Laffitte proposa une adresse au roi. Mais M. Garnier-Pagès combattit cette proposition par des raisons décisives. Était-il raisonnablement permis d’espérer que la royauté s’avouerait coupable Pourquoi se donner le tort d’une démarche inutile ? Pourquoi s’exposer à une humiliation trop prévue ? Il n’y avait qu’un tribunal auquel l’Opposition pût s’adresser avec dignité le tribunal de la nation. Ces motifs furent goûtés. Sur la proposition de M. Charles Comte, on décida que l’Opposition présenterait ses griefs au pays, sous forme de compte-rendu ; on nomma une commission composée de MM. de Lafayette, de Cormenin, Laffitte, Odilon Barrot, Mauguin, Charles Comte ; et cette commission chargea MM. de Cormenin et Odilon Barrot de rédiger, chacun séparément, un projet de compte-rendu. Entre les deux rédacteurs choisis l’accord était difficile. Le manifeste de M. de Cormenin parut trop hardi aux députés de l’Opposition dynastique dans celui de M. Odilon Barrot, M. Garnier-Pagès releva certaines expressions qui semblaient enchaîner à la monarchie l’avenir de la France. Il