Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 3.djvu/93

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portée bien autrement formidables. Car c’était la démonstration sanglante des vices économiques du régime industriel inauguré en 1789 ; c’était la révélation de tout ce que renferme de lâche et d’hypocrite cette prétendue liberté des transactions qui laisse le pauvre à la merci du riche, et promet une victoire aisée à la cupidité qui sait attendre sur la faim qui n’attend pas. Vivre en travaillant ou mourir en combattant ! Jamais plus déchirante et plus terrible devise n’avait été écrite sur un étendard, à la veille d’un combat ; elle montrait, dans l’insurrection des infortunés ouvriers de la Croix-Rousse, une véritable guerre servile ; et à la puissance que venaient de déployer ces esclaves des temps modernes, esclaves auxquels pourtant avait manqué un Spartacus, il était facile de deviner quelles tempêtes le 19e siècle portait dans ses flancs.

Eh bien ! tel était l’aveuglement, telle était l’ignorance des hommes placés alors à la tête de la société, qu’ils furent rassurés et satisfaits en apprenant que l’insurrection n’était point politique. « Ce n’est rien, s’écrièrent à l’envi tous les organes du gouvernement. C’est une simple lutte entre les fabricants et les ouvriers. » Et le Journal des Débats publia ces lignes sauvages : « Assuré de la paix au-dehors, entouré d’une puissante armée réunie sous le drapeau tricolore, le gouvernement ne peut craindre d’autres conséquences de la révolte que des malheurs particuliers, bien funestes sans doute, mais qui seront abrégés et diminués par la rigueur de la répression légale. »