Page:Blanc - Histoire de dix ans, tome 5.djvu/419

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Société des Saisons; et il fut décidé, sur la proposition de M. Martin Bernard, 1° que des revues fréquentes auraient lieu à des époques indéterminées, tantôt dans un lieu tantôt dans un autre, ce qui permettrait de réunir ou de séparer les hommes sans qu’il leur fût possible de savoir quand et comment devait se jouer là partie décisive; 2° que, l’occasion de combattre se présentant, les munitions seraient déposées sur le passage des colonnes insurrectionnelles, de manière à n’être distribuées qu’en face du péril.

Le gouvernement marchait donc entouré d’invisibles ennemis. En 1838, une fabrication de cartouches fut constatée chez M. Raban, graveur au Palais-Royal, et ce ne fut pas le seul avertissement sinistre que le pouvoir reçut du hazard. Mais où battait le cœur de l’insurrection ? Quelle serait l’heure du signal ? Quel était le nombre de ces indomptables combattants dont il semblait que, de loin, on vît les épées briller dans les ténèbres ? Au mois d’avril 1839, l’association avait mille hommes sur les cadres; elle possédait douze mille cartouches; ses chefs, inconnus à elle-même, étaient Armand Barbès, esprit brillant, âme chevaleresque et héroïque; Martin Bernard, tête puissante servie par un courage de soldat lacédémonien; Blanqui, conspirateur-né Guignot, Nétré et Meillard, natures dévouées et pleines de feu. Nous venons de décrire l’effroyable confusion dans laquelle flottait alors le monde politique. Les conjurés, avec une funeste impatience, s’agitèrent, voulurent combattre : ils se séparaient si l’on ne prenait pas les armes ! Ar-