Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/131

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coup plus, sans doute, que n’aurait pu le faire supposer l’endroit. Elle lui avait tout expliqué !…



Mais maintenant ? Ah ! maintenant, c’est la mort qu’on frôle et la sale mort, je vous en réponds. C’est la mort ignoble qui ne demande pas de compassion et qui n’en offrit jamais à personne. C’est la Mort liquide…

Mon Dieu ! mon Dieu ! je l’avais pourtant tenu dans mes bras, cet enfant du Rien, ce fils de l’Inexistant, ce jumeau de l’Insignifiance et de l’Illusion dont j’espérais former un être vivant !

J’avais tenté de lui inspirer mon âme. J’avais travaillé, souffert, prié, crié, sangloté pour lui, des années, les plus chères et les plus précieuses de la vie !

J’avais pris sur moi des peines affreuses qu’il n’aurait pas eu la force de porter. Tout ce qu’un homme peut faire, je crois l’avoir fait, vraiment.

Pour qu’il fût armé contre les assignations du néant, j’avais fait passer devant lui, j’avais déroulé sur lui les images que rien n’efface ; je m’étais exterminé pour lui dessiner un trompe-l’œil des réalités qui ne peuvent pas finir… et je n’ai pas même obtenu de réaliser une canaille…