Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/244

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les précautions ou les finesses, il se dérobait toujours à l’insultante curiosité des individus charitables.

Je me rappellerai toujours sa décorative prestance de suppliant, sous le porche basilicaire de Saint-Isidore-le-Laboureur, où il demandait l’aumône. Car sa ruine était absolue.

Impossible de résister à l’attendrissement respectueux provoqué par une infortune si rare et si noblement supportée.

On sentait que ce personnage avait autrefois connu, mieux que beaucoup d’autres sans doute, les joies précieuses de la cécité.

Une éducation brillante avait dû certainement affiner en lui cette inestimable faculté de ne rien voir, qui est le privilège de tous les hommes, à peu près sans exception, et le critérium décisif de leur supériorité sur les simples brutes.

Avant son accident, il avait pu être, on le devinait avec émotion, un de ces aveugles remarquables appelés à devenir l’ornement de leur patrie, et il lui restait de cette époque une mélancolie de prince des ténèbres exilé dans la lumière.

Les offrandes, cependant, ne pleuvaient pas dans le vieux chapeau qu’il tendait toujours aux passants. Un mendiant frappé d’une infirmité aussi extraordinaire déconcertait la munificence des dévots et des dévotes qui se hâtaient, en l’apercevant, de pénétrer dans le sanctuaire.