Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/325

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avoir les mains moites de la sueur des agonisants, et on l’appelait définitivement le Cadavre, dans l’étrange monde pseudonymique où il fréquentait.

Particularité fort sinistre, les jointures de ses os craquaient en marchant, comme il est raconté de Pierre le Cruel.

Ostensible, d’ailleurs, autant que le puisse être un abominable scélérat, il avouait une situation de journaliste d’affaires et cherchait un riche mariage.



Chaumontel, content de lui-même et qui venait de serrer d’honorables mains sur le seuil de la Première Chambre, se préparait à monter dans sa voiture, quand il fut arrêté par cet écumeur de pourrissoir, qui lui touchait familièrement l’épaule.

— Eh ! bien, petit Verbe Déponent, on ne reconnaît donc plus les amis ? dit le Cadavre.

L’avocat, suffoqué, recula.

— Mais, monsieur, qui êtes-vous ? Je ne vous connais pas.

— Tu ne me reconnais pas, mon chéri ? J’ai donc bien changé ? Entrons d’abord dans ton corbillard. Je vais te rafraîchir la mémoire.

— Baptiste ! cria Chaumontel, allez me chercher un agent tout de suite !

— Ah ! prends garde ! petit Déponent de mon cœur,