Page:Bloy - Histoires désobligeantes.djvu/362

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


promis de vivre, jusqu’à ma dernière heure, à la façon d’un mendiant.

J’espérais ainsi que la paix reviendrait en moi, comme si la vie d’un homme pouvait être payée avec des écus. C’est l’argent des princes des prêtres que j’ai donné à ces pauvres enfants, traités en petits Judas par le meurtrier de leur père. Ah ! bien oui ! elle n’est jamais revenue, la paix divine, et je suis crucifié tous les jours !…

Je vous dis cela, monsieur, parce que vous avez eu de la pitié et que vous pourriez concevoir de l’estime. Je suis encore trop lâche pour raconter ma vie à tout le monde, ainsi que je le devrais, sans doute, et comme faisaient les grands pénitents du Moyen Âge.

J’ai voulu me faire trappiste, puis chartreux. On m’a dit partout que je n’avais pas la vocation. Alors je me suis marié pour souffrir tout mon soûl. J’ai pris une vieille catin de bas étage dont les matelots ne voulaient plus. Elle me roue de coups et m’abreuve de ridicule et d’ignominie…

Je ne la laisse manquer de rien, mais j’ai mis en lieu sûr les débris de ma fortune, qui fut assez considérable. C’est le bien des pauvres, sur lequel je prélève de faibles sommes pour mes voyages. L’année dernière, j’étais en Terre Sainte, puis à Compostelle. Aujourd’hui, je suis à la Salette pour la trentième fois. On doit me connaître. C’est ici que j’ai reçu les plus grands secours, et j’engage tous les