Page:Bloy - Je m'accuse, La Maison d'Art, 1900.djvu/40

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pas qu’elle était, une seconde auparavant, sur le point de rendre l’âme.

La foule naïve crie au miracle. Mais l’abbé Pierre, qui a presque autant de génie que M. Zola, sait parfaitement à quoi s’en tenir.

Un jeune médecin d’une intelligence extraordinaire lui avait annoncé, avant leur départ, « d’un air calme et souriant, comment le miracle s’accomplirait en coup de foudre, à la seconde de l’extrême émotion, sous la circonstance décisive qui achèverait de délier les muscles. Dans un transport éperdu de joie, la malade se lèverait et marcherait, les jambes brusquement légères, soulagée de la pesanteur qui les faisait de plomb, depuis si longtemps, comme si cette pesanteur se fût fondue, eût coulé en terre. Mais surtout le poids qui écrasait le ventre, qui montait, ravageait la poitrine, étranglait la gorge, s’en irait, cette fois-là, en une envolée prodigieuse, en un souffle de tempête, emportant tout le mal. N’était-ce point ainsi, au Moyen Âge, que les possédées rendaient par la bouche le diable dont leur chair vierge (!?) avait longuement subi la torture ? »