Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/109

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ne s’était pas ralenti une seconde à mon entrée, le goujatisme contemporain ne comportant pas la déférence pour l’Étranger.

Je pensais précisément à la Troisième Personne divine, lorsqu’une main me toucha l’épaule. M’étant retourné, je vis un personnage à figure triste, vêtu comme un campagnard, qui me dit avec douceur :

— Monsieur, vos vêtements sont mouillés et vous devez avoir très froid. Voulez-vous prendre ma place qui est moins loin du poêle ? Je vous en prie.

Il y avait une prière si vraie dans son expression, ses yeux me disaient si bien qu’il se serait cru coupable de tout coryza dont j’aurais pu être victime, que j’acceptai sur-le-champ sa place avec la même simplicité qu’il me l’offrait. Cet échange me valut un peu d’attention. L’obèse marseillais, qui était désormais en face de moi, daigna me regarder de ses gros yeux en faïence, au bord desquels un liquide avait été mis par la volupté d’engloutir.

— Eh ! là-bas, l’homme aux bêtes, beugla-t-il, s’adressant à mon ami inconnu, c’est comme ça que vous nous brûlez la politesse ? Vrai c’est pas zentil de votre part.

J’eus exactement la sensation d’une porte de latrines qu’on aurait ouverte. Le ton de ce mercanti avait quelque chose de si nauséeux et sa grossièreté cossue paraissait tellement assise dans la graisse d’une prospérité de verrat que, du premier coup, la suffocation commença. Les mésanges bleues du ravissement s’envolèrent et je fus