Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/117

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Ses yeux, surtout, m’étonnèrent. Fixés sur la Vierge lamentatrice, ils lui parlaient comme cent bouches auraient parlé, comme tout un peuple de bouches suppliantes ou laudicènes ! J’imaginai, — sur le registre divin où les vibrations des cœurs seront, un jour, transposées en ondulations sonores, — tout un carillon de louanges, de divagations amoureuses, de remerciements et de désirs. Il me sembla même, — et depuis des ans je garde cette impression, — que du milieu des montagnes environnantes, ceinturées alors d’éclatants brouillards, mille fils de lumière, d’une ténuité et d’une douceur infinies, venaient aboutir au visage calamiteux de cet adorant, autour de qui je crus voir flotter un très vague effluve… Le Jeannotin de la veille avait, comme vous voyez, quelque peu grandi.

Quand il eut fini sa prière, ses yeux rencontrèrent les miens. Il vint à moi et se découvrant :

— Monsieur, dit-il, je serais heureux de vous entretenir un moment, voulez-vous me faire l’honneur de m’accompagner quelques pas ?

— Très volontiers, répondis-je.

Nous allâmes nous asseoir derrière l’église, au bord du plateau, en face de l’Obiou, dont le soleil, encore invisible sous les vapeurs, éclaboussait, en ce moment, la cime neigeuse.

— Vous m’avez fait beaucoup de peine, hier soir, commença-t-il. Je n’ai pu vous arrêter, malheureusement, et j’en suis très affligé. Vous ne me connaissez pas. Je ne suis pas un individu à défendre. Autrefois, quand je ne me