Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/128

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— Ma chère Clotilde, lui dit-il, ne vous tourmentez donc pas, je vous en prie. Cette neige n’a rien de menaçant pour vous. Croyez-vous, par hasard, que je vais vous abandonner ? Prenez plutôt un petit verre de cette excellente chartreuse. C’est ce qu’il y a de meilleur contre la neige… De quel côté allez-vous, Marchenoir ?

— Oh ! ne vous occupez pas de moi, mon domicile est à deux pas, à l’extrémité de la rue de Buffon. Quittons-nous ici. J’irai vous voir prochainement, puisque je suis enfin débarrassé de mon livre. Vous reverrai-je, mademoiselle ?

— Je l’espère, monsieur, répondit Clotilde, peu capable, en ce moment-là surtout, de fourbir un protocole. Je pense que vous me reverrez chez monsieur Gacougnol. Vous m’avez rendue très heureuse ce soir. C’est tout ce que je peux vous dire et vous avez une grande place dans mon cœur.

— Elle est délicieuse ! pensait Marchenoir en s’éloignant. D’où vient-elle ? Il n’est pas possible qu’elle soit la maîtresse de ce gros fantassin de Pélopidas. Il ne me l’aurait certes pas caché… Comme elle m’écoutait ! Il y a donc encore des âmes sur la terre !…


XVII


Ma chère enfant, dit Gacougnol, en s’asseyant auprès de Clotilde dans une nouvelle voiture qui les emporta sans bruit sur la neige ; il est temps de vous faire connaître mes intentions. J’ai envoyé une dépêche à votre mère.