Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/178

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ces formes vénérables dans lesquelles il faisait entrer sa pensée, comme il aurait fait entrer ses membres dans une armure.

Peu à peu la lettre ornée lui avait inspiré l’ambition de la lettrine historiée, puis de la miniature détachée du texte, avec toutes ses conséquences, — conformément à la progression de cet art primordial et générateur des autres arts, commençant à la pauvre transcription des moines mérovingiens pour aboutir, après une demi-douzaine de siècles, à Van Eyck, Cimabue et Orcagna, qui continuèrent sur la toile, avec des couleurs plus matérielles dont la Renaissance allait abuser, les traditions esthétiques du spirituel Moyen Âge.

Son habileté devint prodigieuse aussitôt qu’il eut décidé d’en tirer parti, et il apparut un artiste merveilleux, de l’originalité la plus imprévue.

Il avait étudié avec soin et consultait sans cesse les monuments adorables conservés à la Bibliothèque Nationale ou aux Archives, tels que les évangéliaires de Charlemagne, de Charles le Chauve, de Lothaire, le psautier de saint Louis, le sacramentaire de Drogon de Metz, les célèbres livres d’heures de René d’Anjou, d’Anne de Bretagne et les miniatures sublimes de Jehan Fouquet, peintre attitré de Louis XI.

Il avait fait presque des bassesses pour obtenir de l’ignoble duc d’Aumale, trente fois millionnaire, l’autorisation de copier gratuitement quelques scènes bibliques et quelques paysages dans les Heures magnifiques du