Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/198

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de quelques-uns des plus douloureux poèmes de Baudelaire. Il se montra le virtuose frénétique et dépravant de la tristesse qui étouffe, du désespoir noir, de la démence cuisinée par les démons. Il fit entendre des cris de damnés, des plaintes de fantômes, des vagissements de goules. On ne sortit pas de la griffe des mauvais morts et de la plus basse peur. Incapable de débrouiller le spiritualisme chrétien du haut poète qu’il croyait interpréter en lui supposant son âme, il paralysa bientôt un auditoire qui n’exigeait pourtant pas des cataplasmes de népenthès.

En dépit de quelques rythmes de bravoure frappés avec une certaine puissance, malgré même d’incontestables éclairs de simplicité, cette musique de vertige et de tétanos, qui devait assurer à son producteur le suffrage de toutes les névroses contemporaines, parut, ce soir-là, très puérile et, pour tout dire, la virtuosité du chanteur fit à quelques-uns l’effet d’une acrobatie qui ne méritait pas de pardon.

La séance, d’ailleurs, à l’insu du ménestrel, ne s’était pas ainsi prolongée sans quelques gloses. Folantin, perclus d’ennui, mais intéressé plus qu’un autre à ne laisser paraître aucun trouble, avait exhalé à demi-voix, dans un accès de rage lucide, sa préférence d’une lecture silencieuse des Fleurs du Mal au coin de son feu.

— Au coin de votre pot-au-feu, voulez-vous dire, avait aussitôt rectifié Apémantus, qui feignit un instant l’admiration pour le roucouleur funèbre.

— Tout ça est chentil, disait à Delumière le vieux Klatz,