Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/213

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XXX


La soirée se prolongea. Tout ce qui peut être dit, en quelques heures et dans un tel groupe, fut dit par ces gens étranges dont deux ou trois étaient hommes à mettre en branle et à faire pleurer dans leurs tours les plus puissantes cloches de l’alarme ou de la prière, s’ils avaient pu être moins captifs au fond des bastilles d’une silentiaire démocratie. Le chanteur macabre était oublié, mis au rancart.

Après maints détours et d’inextricables circuits après force randonnées paradoxales où l’accord semblait unanime sur ce seul point de mettre en défaut toute velléité de logique ou d’enchaînement rudimentaire dans les confabulations ; après qu’en réponse à d’illicites audaces Bohémond eut évacué un certain nombre de ces paraboles célèbres dont l’incohérence pleine d’acrimonie étonne la littérature depuis vingt ans ; après qu’une moitié de la troupe eut été abasourdie, domptée, concréfiée pour quelques instants ; lorsqu’enfin les seuls molosses furent en présence, Marchenoir venait de s’asseoir, mèche allumée, sur le baril de poudre à canon de Jean Bart.

— Pour qui me prends-tu ? disait-il, ô Bohémond ! Suis-je un artiste pour que ta musique de Wagner me déséquilibre et me jette en bas ? Je crains, Dieu me pardonne ! que tu ne puisses prononcer ce nom sans être en danger de perdre le tien, tellement tu l’idolâtres ! Et pourquoi ?