Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/215

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— Plusieurs respects me rendent chère ta personne, ô Marchenoir, riposta Bohémond, empruntant à Balzac l’ancien cette formule précieuse. Je n’ignore pas que tu es un chrétien d’une puissance verbale extraordinaire. Mais tu abuses ici de ta force… Je n’ai pas oublié le catéchisme, veuille le croire. On sait que, vers l’époque si intellectuelle du plébiscite, je ne craignis pas d’offrir ma candidature, pour les curés, à un banc de maquereaux dans une piscine de la Villette et que, durant une heure environ, je haranguai avec splendeur, mais non sans danger, cette laitance. Où prends-tu que je songe à faire un quadrille de la Très-Sainte Trinité en lui annexant Richard Wagner ? Depuis quand l’admiration pour un artiste est-elle un acte d’idolâtrie ?

Tu te déclares toi-même étranger à l’art, ce qui est déjà fort, étrange et singulièrement démenti par tes travaux d’écrivain. M’accorderas-tu, cependant, qu’il a pu se rencontrer, même dans ce siècle, par le seul influx de la Volonté divine, un mortel assez économisé sur les rognures des Séraphins pour nous délivrer — au moyen d’un de ces prestiges dédaignés par toi, — quelque valable pressentiment de la Gloire ? L’homme n’est que la pensée qu’il a, j’ai passé ma vie à le dire…

— Un peu trop, peut-être, intercala Marchenoir.

— … Si donc Wagner a pensé le Beau substantiel, poursuivit le fanatique, sans prendre garde à l’interruption, s’il a pensé Dieu, il a été Dieu lui-même, autant que le puisse être une créature.