Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/237

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fenêtre d’où venait un air glacial, une sotte rêveuse et une ingrate !

Elle s’agenouilla devant son lit pour une prière et se rendormit dans cette posture, en sanglotant.


XXXV


Vous avez le sommeil dur, Mademoiselle, lui dit son hôtesse à l’heure du déjeuner. Voici une lettre que le porteur m’avait priée de remettre sans retard. Vous ayant entendue rentrer à trois heures, j’ai cru bien faire de frapper chez vous. Mais vous dormiez déjà si profondément que je n’ai pu vous réveiller. Quand je verrai M. Gacougnol, je le gronderai de vous garder si longtemps. Le cher homme n’est pas raisonnable. Il devrait vous ménager.

Clotilde, qui venait de prendre la lettre et qui avait reconnu l’écriture de sa mère, demeura immobile, saisie de ces derniers mots qu’on aurait pu croire portés sur les ailes d’un doux zéphire et dont l’intention n’était pas douteuse. Elle vit en plein la malice infernale de la drôlesse qui l’insultait et devina l’extrême satisfaction des pensionnaires, voluptueusement chatouillées de cette insolence en leurs plus intimes recoins.

Une seconde, elle fut sur le point d’éclater. Mais elle se rappela en même temps sa résolution, prise dès le premier jour, de mettre un dragon à chacune des trois portes par