Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/267

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de le croire, jusqu’au jour, marqué par un effroyable destin, où je fis la connaissance d’une jeune fille que je nommerai… voyons ! Antoinette, si vous voulez.

Ne me demandez pas son portrait. Elle était très belle, je crois. Mais il y avait en cette créature, d’ailleurs innocente, quoique rencontrée pour ma damnation, une force perverse, une affinité mystérieuse et irrésistible qui me soutira le cœur.

Dès le premier regard que nous échangeâmes, je sentis que j’avais les fers aux pieds, les fers aux mains, et sur les épaules un carcan de fer. Ce fut un amour noir, dévorant, impétueux comme un bouillon de lave,… et presque aussitôt partagé.

… Elle devint ma maîtresse, vous entendez bien ? Clotilde, ma maîtresse ! reprit le narrateur, après un silence, la face crispée, et de l’air d’un marin qui entendrait rugir le Maelstrom.

Des circonstances très singulières qu’un démon, sans doute, calcula, ne permirent pas que notre conscience fût sollicitée une minute, par des pensées ou des considérations étrangères à notre délire, qui était vraiment une chose inouïe, une frénésie de damnés.

Quelque invraisemblable que cela puisse paraître, nous ne savions à peu près rien l’un de l’autre. Nous nous étions vus, pour la première fois, dans un lieu public où j’avais eu l’occasion de lui rendre un service insignifiant dont je sus me prévaloir pour me présenter chez elle.

Vivant à peu près indépendante auprès d’une vieille