Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/317

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


faite pour vaincre ce qui paraît invincible, que le lamentable qu’on portait en terre ?

La force qu’on pouvait croire plus que suffisante pour dompter les monstres de la Sottise ou les cétacés pervers s’était épuisée contre des sacs d’excréments, contre des gabions de tripes humaines !

Réduit à vivre hors du monde, il y avait vécu comme les Turcs hors de Byzance, menace permanente et effroyable pour une société en putréfaction.

Mais voilà qu’on en était enfin délivré ! Quelle joie pour les vendus, pour les vendeurs, pour les capitulards de toutes les forteresses de la conscience, pour « les chiens qui remangent ce qu’ils ont vomi et les truies lavées qui se replongent aussitôt dans les immondices », pour les hongres ou les chameaux employés au déménagement d’un peuple, qui fait descendre, avec précaution, ses lois et ses mœurs par l’escalier en colimaçon de l’Abîme !

On allait, sans doute, illuminer. Pourquoi donc pas ? Dans tous les cas, il pouvait compter sur une belle presse, pour la première et dernière fois, l’écrivain hardi que le lâche silence de tous, à commencer par les plus fiers, avait étouffé ! La racaille des feuilles publiques allait pouvoir s’accroupir sur lui. Rien à craindre désormais. Les sagittaires ne lancent pas de flèches du fond des tombes et les glapissements de la réclame leur sont inutiles.

Léopold, ivre de douleur, se disait que c’était tout de même prodigieux qu’il ne se fût jamais rencontré un seul homme parmi ceux qui décernent le potin pour dénoncer