Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/351

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précisément parce qu’ils me font horreur que vous me voyez ici. Il impossible que vous n’entendiez pas, chaque jour, les injures horribles et les provocations continuelles dont on nous accable. J’ai pensé naturellement qu’étant notre propriétaire, vous ne nous refuseriez pas votre intervention ou, du moins, votre témoignage.

— Mon témoignage ? Ah ! c’est donc ça ! Vous avez compté sur mon témoignage ! Eh bien ! ma petite dame, vous pouvez vous fouiller, si vous avez des poches ! Faites-moi appeler devant le commissaire, moi aussi, puisque c’est votre genre, vous verrez comme ça vous réussira. Si c’est des gens d’en face que vous avez la prétention de vous plaindre, apprenez, pour votre gouverne, que ce sont des personnes honorables qui ont su gagner de l’argent et qui n’ont jamais fait tort d’un sou à personne. Qu’est-ce que vous avez à dire à ça ?… D’ailleurs, je sais ce que je sais. Votre mari, je me permets de vous le dire, est un malotru qui a à moitié assommé cette pauvre Madame Poulot et il paraît que, de votre côté, vous n’avez pas la langue trop mal pendue. Il m’est revenu que vous vous êtes permis de bien vilains mots, pour ne rien dire de cette grande andouille que vous recevez depuis quelque temps et qui a une drôle de réputation dans le pays.

Clotilde se leva et partit, mais, après avoir secoué ses chaussures contre le seuil maudit, par un mouvement tout instinctif, — comme si l’anathémale Recommandation de l’Évangile était inscrite mystérieusement au fond des