Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/369

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XXII


À ce moment on sonna, et Léopold cessa de parler pour aller ouvrir. Mais, s’approchant de la porte du jardin, il entendit les pas d’un individu qui prenait la fuite. En même temps, à l’extrémité de la rue, éclata le rire monstrueux de la Poulot.

Était-elle donc venue tout exprès ? C’était peu probable et, au fond, il n’importait guère qu’elle fût venue pour cela ou pour autre chose. Mais ce rire néfaste, ce hennissement de rosse apocalyptique, dont on commençait à perdre l’habitude et qui fit s’ouvrir toutes grandes plusieurs fenêtres, s’enroula bizarrement aux pilastres de la nuit, dans l’air sonore.

Il eut des soubresauts, des rebondissements, des à-coups, des reculs de grelin dans la rainure, de soudaines reprises, des élans, des bonds furieux ; puis il s’alanguit et déferla, quelque temps encore, dans un mode si funèbre que des chiens hurlèrent.

Cela — sous un ciel splendide, sous des étages d’étoiles, sous le poids effrayant de tous les silences de l’espace, — à la minute même où on était plein de cette pensée qu’un des êtres les plus nobles qu’il y eût au monde allait mourir, impressionna singulièrement les quatre auditeurs du pavillon diffamé.

— J’ai bien souvent entendu ce rire, dit Clotilde, et il m’a toujours fait horreur. Mais, ce soir, il a quelque chose