Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/38

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nouvelle pouvait rendre indomptable et qui aurait assurément défendu sa mère contre lui, malgré sa honte infinie de la trouver si menteuse et si ridicule. Il prit, en conséquence, le parti d’adopter une conciliante et persuasive bonhomie.

— Allons ! c’est bien, la vieille, tu peux aller t’asseoir. Personne n’a envie de te démolir. On a le temps d’y penser jusqu’à Noël, si tu peux mettre, d’ici là, un peu de margarine sur tes abatis. Mademoiselle Clotilde, ajouta-t-il avec une pointe de blague aussitôt réprimée, donnez-vous donc la peine de prendre une chaise, vous savez qu’on ne les paie pas. Vous m’avez mécanisé tout à l’heure, mais je ne vous en veux pas. On a besoin de s’engueuler de temps en temps, n’est-ce pas, la mère ? Ça entretient l’amitié. Vous m’avez traité de pochard. Mon Dieu ! Je ne dis pas, je ne me fais pas meilleur qu’un autre. Mais on se doit des honnêtetés entre camarades, quand on n’est pas des sauvages, et un petit verre par-ci, par-là, ça ne fait de tort à personne. Ta mère non plus ne crache pas dessus, quand ça se rencontre. Mais c’est pas ça que j’avais à te dire. Il y a que je t’ai trouvé une position, du bon travail bien payé. Ça ne te crèvera pas de faire voir ta peau à un peintre et de poser en petite bonne vierge pour ses tableaux. Deux francs de l’heure, c’est à regarder quand on est dans la mélasse. Et puis, faut pas croire à des bêtises. D’abord, la vieille n’aurait pas voulu et je ne suis pas un marlou, peut-être. On aime à lever le coude, c’est possible, mais on a sa dignité. Si ce particulier te manquait de respect, il aurait à faire