Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/41

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vous important dont l’urgence était extrême et disparut, laissant quelques centimes, pour ne rentrer qu’à trois heures du matin, complètement soûl.

V


On a deviné que le matelas étalé par terre, dont il fut parlé plus haut, appartenait à Clotilde.

Il serait facile de passer pour un narrateur infiniment vraisemblable en supposant une couche moins romantique et plus douce. Mais telles sont les mœurs d’un certain monde populaire et cette histoire douloureuse n’est que trop véridique en ses détails.

Elle dormait là, depuis deux ans, c’est-à-dire depuis la ruine de Chapuis. Auparavant, on habitait un appartement assez confortable aux environs du parc Montsouris, et Clotilde avait sa chambre.

Mais la culbute soudaine et totale du balancier n’avait pas permis qu’on y restât plus longtemps qu’il ne fallait pour trouver un nouveau gîte qui fût un peu moins inclément que l’hôtellerie de la lune.

À la réserve de six semaines passées à l’hôpital et qui, par comparaison, lui avaient paru bienheureuses, la pauvre fille avait donc couché là deux ans, derrière l’ordure de ces deux vieillards infâmes dormant auprès d’elle, roulée dans ses guenilles, en proie aux affres d’un dégoût mortel, que l’accoutumance n’avait pu guérir.