Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/49

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cœur, par fierté, pour ne pas être une prostituée, bien qu’il la secourût à peine, elle s’était efforcée consciencieusement d’aimer ce garçon dont elle sentait si bien l’égoïsme et la prétentieuse médiocrité.

C’était difficile, mais elle croyait avoir réussi, sans doute par un effet de cette impulsion, plus mystérieuse qu’on ne le suppose, qui ramène si souvent les abandonnées ou les fugitives au premier homme qui les posséda.

Mais maintenant, ah ! maintenant, surtout, après des années, c’était bien fini. Il ne lui restait plus qu’un intolérable dégoût pour le misérable amant dont elle aurait accepté l’âme étroite, mais dont l’étonnante lâcheté l’avait saturée de tous les crapauds du mépris et de l’aversion.

Le triste roman s’était ainsi dénoué. Chapuis, non encore complètement ruiné, et, d’ailleurs, indifférent, mais poussé par la vieille qui s’avisa tout à coup de l’improductive contamination de son enfant, vint trouver un jour le jeune homme a son bureau et, d’un air très doux, lui notifia qu’on aurait le regret de compromettre son avancement par un esclandre fabuleux, s’il n’offrait pas un dédommagement à la famille respectable « au sein de laquelle il avait introduit la honte et le déshonneur ».

On n’exigeait pas précisément le mariage, parce qu’on avait des vues plus hautes que l’alliance d’un petit employé sans fortune et sans avenir, mais le vieux renard avait apporté du papier timbré.

Le suborneur, plein d’inexpérience et d’effroi, souscrivit