Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/51

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colère, la plus grande peut-être, sinon la première qu’elle eût jamais eue.

Puis, ce fut fini. La profonde personnalité de la jeune fille continua de subsister par-dessous les ensablements monotones et les marécages désolés de son apparente vie terrestre, et par-dessous les effrayantes eaux souterraines de son repentir, — semblable à ces cryptes miraculeuses qui sont cachées au centre du globe et qu’une seule goutte de lumière ferait autant resplendir que les basiliques des cieux.

Elle parut avoir tout oublié. Sa douceur devint plus touchante, surtout lorsqu’elle parlait à sa mère en baissant les yeux pour ne pas la voir, ce qui lui valut de cette digne salope le surnom de fille hypocrite.

Seulement, à force de souffrir, sa grande vigueur s’altéra. Les stryges de l’anémie dévorèrent ses couleurs charmantes et elle devint pâle comme l’humilité même. Elle n’eut bientôt plus la force de supporter les fatigues de cet écrasant métier de vendeuse dans un grand bazar qui avait remplacé l’intoxication quotidienne de la dorure.

Enfin, on dut l’emporter à l’hôpital, où le chef de service qu’elle intéressait dit un jour sévèrement à Chapuis, venu pour la voir, que cette jeune fille étant malade, et même assez gravement, par suite des chagrins qu’on lui faisait endurer dans sa famille, il lui conseillait, à l’avenir, de prendre garde, — pour lui-même, — aux conséquences redoutables de brutalités nouvelles.

Cet avertissement eut l’effet céleste d’épargner, un peu