Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/56

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l’Épouse magnifique. Mais il ne lui sera pas possible, — fût-ce avec des tenailles de diamant ! — d’arracher une seule des épines de son front criblé !

Cet Époux famélique devra se contenter des restes de l’impur festin où nul n’aura gardé la robe nuptiale, et respirer les lys flétris de ses déloyales amoureuses.

— Que puis-je donc offrir, maintenant ? murmurait-elle. En quoi suis-je préférable à la première venue que les hommes roulent du pied dans leurs ordures ? Quand j’étais sage, il me semblait que je gardais des agneaux très blancs sur une montagne pleine de parfums et de rossignols. J’avais beau être malheureuse, je sentais qu’il y avait en moi une fontaine de courage pour défendre cette chose précieuse dont j’étais la dépositaire et que le Seigneur, désormais, ne trouvera plus quand il en aura besoin. Aujourd’hui, ma source est tarie, ma belle eau limpide est devenue de la boue et les plus affreuses bêtes y pullulent… Moi qui aurais pu devenir une sainte aussi claire que le jour et prier avec tes anges sur le bord du tapis des cieux, je n’ai même plus le droit d’être aimée d’un honnête homme qui serait assez charitable pour vouloir de moi !…

À cet instant, les pensées de la jeune femme se figèrent comme le sang des morts. L’ivrogne rentrait à tâtons, bousculant tout, rotant le blasphème et l’ordure et finalement se vautrait, en grognant à la manière d’un porc, à côté de sa venimeuse femelle qui fit entendre quelques comateux soupirs.