Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/58

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qu’il n’aurait pas crue capable d’une si fougueuse intrépidité.

Celle-ci, d’ailleurs, était à cent lieues de soupçonner sa mère, à qui le malade parut avoir expliqué sa blessure par un accident vulgaire que l’aléa d’une soulographie perpétuelle rendait très plausible. Mais elle eut toujours devant les yeux l’ignoble scène, et l’ébranlement profond qui en résulta ne fut pas l’une des moindres causes de sa propre chute, qui survint quelque temps après.

— Allons ! se dit-elle enfin, j’irai là puisqu’il est impossible de faire autrement. Une honte de plus ou de moins, qu’importe ? Je ne pourrai jamais me mépriser plus que maintenant. Et puis, mon travail, ce joli travail ! paiera, sans doute, les « tournées » de M. Chapuis et les « petites douceurs » de maman. C’est à considérer, cela ! Ne pense donc plus à rien et tâche de dormir, pauvre petite chienne perdue que ne réclamera personne. Ta destinée, vois-tu, c’est de souffrir. C’est à peu près cela qu’il m’a dit, le Missionnaire,… mon bon vieux Missionnaire qui aurait bien dû m’emporter avec lui dans ses déserts et qui pleure, peut-être, en me regardant du fond de sa tombe.


VIII


Les pauvres sont exacts. À onze heures du matin, Clotilde était en haut du faubourg Saint-Honoré et sonnait à la porte de M. Pélopidas-Anacharsis Gacougnol.