Page:Bloy - Le Salut par les juifs, 1906.djvu/138

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tés d’un Dieu qui souffre, et quand on songe à ce qu’il faut croire pour être seulement un misérable chien de chrétien, ce n’est pas un très-grand effort de conjecturer de surcroît « une sorte d’impuissance divine provisoirement concertée entre la Miséricorde et la Justice en vue de quelque ineffable récupération de Substance dilapidée par l’Amour[1] ».

Puisqu’on nous enseigne, dès le commencement de la vie, que nous fûmes créés à la ressemblance de Dieu, est-il donc si difficile de présumer bonnement, comme autrefois, qu’il doit y avoir, dans l’Essence impénétrable, quelque chose de correspondant à nous, sans péché, et que le synoptique désolant des troubles humains n’est qu’un reflet ténébreux des inexprimables conflagrations de la Lumière ?

S’il existe au monde un fait notoire vérifié par l’expérience la plus rectiligne, c’est l’impossibilité d’assortir et d’atteler efficacement l’Amour avec la Sagesse. Les deux incompatibles chevaux de ton char funèbre s’entre-dévorent depuis toujours, ô identique Humanité !… Que

  1. Le Désespéré, page 51, édition Soirat.