Page:Bloy - Le Salut par les juifs, 1906.djvu/54

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tous les côtés comme des torrents qui se hâteraient en bondissant vers un gouffre unique et central.

C’est moi ! crie chacune d’elles.

— C’est moi, l’Argent, qui suis le Verbe de Dieu, le Sauveur du monde ! C’est moi qui suis la Voie, la Vérité, la Vie, le Père du siècle futur !…

— C’est moi, le Verbe, qui suis l’Argent, la Résurrection, le Dieu fort, le très-bon Vin, le Pain vivant, la Pierre angulaire !…

— C’est moi, la Chair, la chair débile, qui suis pourtant la Joie des Anges, la Pureté des Vierges, l’Agneau des agonisants et le bon Pasteur des morts !…

— Et c’est moi toujours, moi le Pauvre, le Père des pauvres, qui suis le Trésor des fidèles, trésor de vermine et d’abjection, en même temps que le Roi des Patriarches et la Force des Martyrs ! C’est bien moi qui suis l’Esclave, le Conspué, l’Humilié, le Lépreux, le Mendiant horrible dont tous les Prophètes ont parlé… et le Créateur des voies lactées et des nébuleuses, par-dessus le marché !

Mais qui donc pourrait avoir des pensées dignes de tels objets ?