Page:Bloy - Le Sang du pauvre, Stock, 1932.djvu/81

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cela, le geste du petit enfant soulevé par sa mère au-dessus d’une foule immonde, sur le chemin de la guillotine et envoyant un baiser à la pauvre reine qui va mourir. Ah ! n’importe quoi de n’importe qui, fût-ce d’une bête, quand on est accablé de peine ! Les malheureux savent bien que c’est ce qu’il y a de plus précieux.

— J’ai besoin d’un puissant secours et vous m’en donnez un très-faible, mais je sais que c’est tout ce que vous pouvez, et ce peu vous me l’offrez dans le calice de diamant qui est votre cœur. « Vous aurez votre récompense » a dit le Maître, et moi je vous dis que je serai ivre de cette eau pendant la Vie éternelle. Le verre d’eau a tant de prix que, même s’il est donné par quelqu’un qui pourrait mieux faire, il a encore une Valeur inestimable.

Vous voulez faire de moi un prince, la semaine prochaine, et j’avoue que j’en suis charmé. Une couronne m’irait à ravir ; mais, en attendant, ne pourriez-vous me donner une pièce de cinquante centimes qui comblerait, en ce moment, tous mes vœux ? Il y a là, sur ce comptoir, une bouteille de vin dont je suis