Page:Boccace - Décaméron.djvu/468

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qu’il voulait les connaître, et savoir si c’était l’usage à Florence de tirer les culottes des juges quand ils étaient sur leur siège. D’un autre côté, le podestat ayant appris la chose, fit un grand bruit ; mais ses amis lui ayant expliqué que cette plaisanterie ne lui avait été faite que pour lui montrer que les Florentins savaient très bien qu’au lieu des juges qu’il devait amener avec lui, il n’avait amené que des sots afin de les payer moins cher, il se tut, et pour cette fois l’affaire n’alla pas plus loin. — »



NOUVELLE VI


Bruno et Buffamalcco volent un cochon à Calandrino ; pour le retrouver, ils lui font faire une épreuve magique qui consiste à avaler des pilules de gingembre préparées pour les chiens, et dont le résultat est que c’est Calandrino qui a volé lui-même le cochon. Ils finissent par lui faire donner de l’argent pour qu’ils ne le disent pas à sa femme.


La nouvelle de Philostrate, dont on rit beaucoup, était à peine finie, que la reine ordonna à Philomène de continuer en en disant une. Celle-ci commença : « — Gracieuses dames, de même que Philostrate a été amené par le nom de Maso à vous dire la nouvelle que vous venez d’entendre, ainsi je suis moi-même amenée par le nom de Calandrino et de ses compagnons à vous en dire sur eux une autre qui, je crois, vous plaira.

« Je n’ai pas besoin de vous expliquer ce qu’étaient Calandrino, Bruno et Buffamalcco, car vous l’avez tantôt assez appris ; pour ce, passant outre, je dis que Calandrino avait non loin de Florence un petit domaine qu’il tenait en dot de sa femme. Parmi les revenus qu’il en retirait, figurait chaque année un cochon, et il avait l’habitude d’aller en décembre avec sa femme à sa campagne pour tuer le susdit cochon et le faire saler. Or, il advint une fois entre autres que sa femme n’étant pas très bien portante, Calandrino alla seul tuer le cochon. Bruno et Buffamalcco l’ayant appris, et sachant que sa femme ne devait pas y aller, s’en allèrent passer quelques jours chez un curé de leurs amis, voisin de Calandrino. Calandrino avait, le matin même du jour où ils étaient arrivés, tué le cochon, et les voyant avec le curé, les appela, et dit : « — Soyez les bien venus. Je veux vous faire voir quel bon ménager je suis. — » Et les ayant menés chez lui, il leur montra le cochon. Ses amis jugèrent que le cochon était très beau, et ils apprirent de Calandrino qu’il voulait le saler pour son ménage. À quoi Bruno dit : « — Eh !