Page:Boccace - Décaméron.djvu/511

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baetto sans en souffler mot à personne ; y alla à l’heure qui lui avait été indiquée et trouva que la maison de bains avait été retenue par la dame. Il y était depuis quelques instants à peine, quand vinrent deux esclaves chargées l’une d’un grand et beau matelas de coton, et l’autre d’un grand panier plein de toutes sortes de choses. Ce matelas ayant été étendu sur une litière dans une des chambres de l’établissement, on mit dessus une paire de draps légers bordés de soie, et une couverture de coton de Chypre très blanche, avec deux oreillers richement brodés. Salabaetto s’étant déshabillé et étant entré au bain, les deux esclaves le lavèrent et le nettoyèrent complètement.

« Il n’attendit guère sans que la dame vînt à la maison de bains avec deux autres esclaves. Là, dès qu’elle fut seule avec lui, elle fit à Salabaetto une grandissime fête, et après les plus beaux soupirs du monde, après l’avoir à plusieurs reprises accolé et baisé, elle lui dit : « — Je ne sais pas quel autre que toi aurait pu m’amener à faire cela ; tu m’as mis le feu aux armes, chien de Toscan. — » Après quoi, selon qu’il lui plut, ils entrèrent tous deux nus au bain avec les deux esclaves. Alors la dame, sans le laisser toucher par personne autre, lava merveilleusement Salabaetto de la tête aux pieds, avec du savon parfumé à l’odeur de girofle ; puis elle se fit laver et frotter à son tour par les esclaves. Cela fait, les esclaves apportèrent deux draps très blancs et très fins d’où s’échappait une si forte odeur de rose, que tout ce qui était là sentait la rose ; dans l’un elles enveloppèrent Salabaetto et dans l’autre la dame ; puis, les ayant pris sur leur dos, elles les portèrent tous les deux sur le lit préparé. Là, après qu’ils eurent transpiré pendant un instant, les esclaves leur enlevèrent les draps, et les mirent tout nus dans des draps frais ; alors on tira du panier des flacons d’argent magnifiques et pleins les uns d’eau de rose, les autres d’eau de fleur d’oranger, ceux-ci d’eau de fleur de jasmin, ceux-là d’eau de naffe, dont on les arrosa de la tête aux pieds ; puis on sortit les boîtes de confetti et les vins précieux, et ils se réconfortèrent un peu.

« Il semblait à Salabaetto qu’il était au paradis, et il avait examiné plus de mille fois la dame qui, de vrai, était très belle, et chaque heure lui paraissait durer cent ans dans son désir de voir ces esclaves s’en aller pour qu’il pût rester seul dans les bras de la belle. Sur l’ordre de celle-ci, les esclaves, après avoir laissé dans la chambre un flambeau allumé, s’en allèrent enfin, et la dame et Salabaetto s’étant mutuellement embrassés, ils demeurèrent ainsi pendant une grande heure, au grandissime plaisir de Salabaetto à qui il semblait que la dame était dévorée d’amour pour lui. Mais quand il parut temps à celle-ci de se lever,