Page:Boissy-Oeuvres de Théâtre de M. Boissy. Vol.2-1773.djvu/195

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Ton portrait est fidele, il est d’après mon cœur ;
Et c’est le seul plaisir qui flatte ma douleur.
Que ne peux-tu des lieux où repose ton ame,
Ah ! que ne peux-tu voir ces marques de ma flamme !
Que ne peux-tu porter tes regards jusqu’à moi,
Sentir ce que je sens, ce que je fais pour toi !
Dans mes justes regrets que ne peux-tu m’entendre !
Que n’es-tu le témoin de l’amour le plus tendre !


LISETTE.

Il l’est, Mademoiselle, il l’est dans cet instant.


MONTVAL, bas à Lisette, par un coin du portrait.

Je vais…


LISETTE, Bas à Montval.

Je vais…Non, cachez-vous.
Je vais… Non, cachez-vous.(À Lucile.)
Je vais… Non, cachez-vous.Il vous voit, vous entend,
Et ne perd pas un mot de tout ce que vous dites.


LUCILE, peignant toujours.

Loin d’apaiser par-là mon chagrin, tu l’irrites.
Il ne se repaît pas d’un discours aussi vain.


LISETTE.

Supposons un moment qu’il respirât enfin,
Qu’il parût devant vous.


LUCILE, interrompant son ouvrage.

Qu’il parût devant vous.Ah ! j’en mourrois de joie !
Mais ce n’est plus un bien que le Ciel me renvoie.
Pour jouir de sa vue & de son entretien,
Il ne me reste plus que ce foible moyen.
(Elle repeint.)
Ma main seule à mes yeux peut retracer ses charmes ;
Et sa perte à jamais fera couler mes larmes.


LISETTE.

Je vous l’ai déjà dit, votre Amant n’est pas mort :
Et si vous vouliez bien écouter mon rapport,
Je vous en convaincrois d’une façon si claire…


LUCILE.

Depuis six mois entiers tout m’a dit le contraire.
Un songe, encore un songe…