Page:Boissy-Oeuvres de Théâtre de M. Boissy. Vol.2-1773.djvu/198

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Le songe, le serment que vous venez d’entendre ;
Demandez à ces murs témoins de ma douleur,
Demandez à Lisette à qui j’ouvre mon cœur ;
Tout ici vous dira combien je vous adore,
Et ma bouche, tout haut, vous le répete encore.


MONTVAL.

Je n’ai plus de regret à tout mon sang versé ;
Tout ce que j’ai souffert est trop récompensé.
Tant de traits éclatans d’un amour véritable,
À mes yeux enchantés vous rendent adorable :
Je dois avec raison chérir ma fausse mort,
Et je voudrois subir encor le même sort,
S’il devoit m’attirer cette preuve sensible…


LUCILE.

Gardez-vous de former un souhait si terrible ;
Le bruit de ce trépas m’alloit priver du jour.
Que dis-je ? il l’avoit fait jusqu’à votre retour.
Du jour qu’on m’annonça cette fausse nouvelle,
Mes yeux s’étoient couverts d’une nuit éternelle.
J’avois cessé de vivre. À présent je vous vois,
Je renais, je respire une seconde fois :
Un seul de vos regards m’a promptement guérie,
Et c’est de cet instant que je date ma vie.


LISETTE.

Il est vrai que Monsieur est un grand Médecin.


LUCILE.

Mon cœur avait besoin de son art souverain.


MONTVAL.

Tel que vous me voyez, j’en possede le titre ;
Et des jours des mortels je suis ici l’arbitre.


LUCILE.

Vous êtes Médecin ?


MONTVAL.

Vous êtes Médecin ?Oui, je le suis pour vous.


LISETTE.

C’est lui qu’on a prié de vous tâter le pouls.
Je l’ai donné pour tel tantôt à la Marquise.